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La colline sanctuaire

La nuit dernière, je rentrais à mon domicile vers minuit, lorsqu’à la fin de la descente par la D704, au niveau du manoir du Planchat, mon regard fut attiré par une étrange lueur qui s’étendait sur toute la colline à ma gauche.

Titre en gros caractères relevé dans l’hebdomadaire local « l’Oie déchaînée », spécialiste de l’infox, cousine très éloignée du célèbre canard :
« OVNI SUR MONTIGNAC, un reportage exclusif et très personnel de notre correspondant local, Pilou Gromagnon ».
Splendide photo truquée de soucoupe volante sur fond d’aurore boréale à l’appui !
La nuit dernière, je rentrais à mon domicile vers minuit, lorsqu’à la fin de la descente par la D704, au niveau du manoir du Planchat, mon regard fut attiré par une étrange lueur qui s’étendait sur toute la colline à ma gauche. Je me dis que la lune était en train de se lever, mais le phénomène monta en intensité. Je m’arrêtai sur le bord de la route, vaguement inquiet, et secouai ma femme qui somnolait sur le siège passager : « Réveille-toi, regarde là-bas,  il y a quelque chose de pas normal ! ». Elle grogna un peu, s’étira et se précipita dans mes bras, à la fois terrorisée et fascinée comme moi-même par le spectacle. Le ciel nocturne, devenu orangé, était piqueté de lumignons de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ; au centre une masse plus sombre, de forme sphérique, se dessinait nettement, semblant tournoyer. J’ouvris la vitre et nous entendîmes nettement un étrange sifflement, de plus en plus strident, remplissant tout l’espace, nous emportant dans un tourbillon irrésistible.
Une lueur derrière nous amplifia notre émoi : ce n’était qu’une autre voiture qui arrivait. Elle s’arrêta derrière nous et un homme en descendit vivement. Nous nous retrouvâmes tous trois, blottis derrière notre voiture, tremblants, mais subjugués par le spectacle, ne pouvant dire un mot. Peu à peu, l’intensité lumineuse et auditive diminua, la forme ronde et sombre commença à monter verticalement au-dessus des arbres pour disparaître bientôt vers l’infini intersidéral. Nous restâmes tous trois, un moment, pétrifiés, immobiles, jusqu’à ce que le ciel devant nous ait repris son aspect habituel, piqueté de milliers d’étoiles. « J’ai froid », parvint à articuler ma femme au bout d’un temps qui nous parut interminable. C’est à ce moment que je reconnus mon ami, René Andertal, et qu’il nous reconnut lui aussi. Il nous expliqua qu’il rentrait de Sarlat et nous terminâmes la nuit dans son salon, bien au chaud, buvant maints breuvages réconfortants et ne nous quittant qu’au matin après avoir échafaudé mille hypothèses plus saugrenues les unes que les autres !
Rencontre d’extra-terrestres ? Assemblée de lampyres, communément appelés vers luisants, qui se seraient regroupés à l’approche du printemps, à la manière des invasions de criquets dans certaines régions ? Maxi rassemblement de bouddhistes du monde entier à la Côte de Jor avec feu d’artifice d’exception ? Effervescence inhabituelle d’esprits éminents sur les hauteurs de La Chapelle-Aubareil ?
Regroupement en une cohorte lumineuse des âmes de tous les hommes qui ont vécu ici, sur cette terre du Périgord, depuis les temps les plus reculés, et ascension symbolique depuis le sanctuaire de Lascaux et ses trois récentes répliques ?…
Toujours est-il qu’à cette heure, aucune piste n’est à exclure et que nous faisons appel à nos lecteurs pour apporter leurs témoignages ou leurs suggestions en téléphonant à notre journal au 987 654 321 0 …
Pilou Gromagnon
Marie-Thérèse Laborde