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Interview d’une … mouette !

Avez-vous remarqué qu’on entend juste le bruit des vagues et les cris de vos congénères ?

Nous vous livrons ce matin une interview exclusive de notre reporter, Pandemius Corona, réalisée hier près de la jetée Thiers sur la plage d’Arcachon, avec une autorisation spéciale du préfet de Gironde :

Pandémius Corona : — Pouvez-vous me dire, cher volatile, quelles sont, sur votre vie habituelle, les conséquences du confinement ?

La Mouette : — Confi… comment ? Je ne connais pas ce mot…

PC — Avez-vous constaté des changements dans votre vie de mouette depuis trois semaines ?

LM — Euh, oui, en effet… Je ne sais pas quelle en est la cause mais nous n’avons jamais été si tranquilles, nous les oiseaux marins, depuis quelque temps ! Jamais, avant ce mois de mars, nous n’aurions imaginé prendre le soleil, ici, près de la jetée, à ce moment de la journée. D’habitude, c’est plein d’humains, grands et petits, dès les premiers rayons.  Maintenant, personne, ni vélos, ni trottinettes, ni baigneurs, ni enfants qui crient, jouent au ballon ou font des pâtés de sable ! Toutes les plages, les fronts de mer, les esplanades sont à nous…On peut même se poser dans les rues, pas une voiture ou si peu… D’ailleurs, avec mon chéri, nous avons décidé de construire cette année notre nid, là, tout près, sous le ponton, bien à l’abri et je vais bientôt y pondre mes trois œufs sans craindre un dérangement quelconque…  Histoire de vous narguer, vous les humains, si arrogants en temps habituel… Le grand luxe, non ?

PC — Peut-être… Et vous n’avez pas de problème pour trouver à manger ?

LM — Ah, nous avons dû changer nos habitudes ! Je ne vais plus sur le port pour guetter la rentrée des chalutiers et la criée est presque déserte ! Par contre, je me régale lorsque la marée descend, je peux aller où je veux et me poser n’importe où pour mon repas, sans être dérangée par un animal à deux pattes de votre espèce !

PC — Avez-vous remarqué qu’on entend juste le bruit des vagues et les cris de vos congénères ?

LM — Oh oui, partout c’est calme. Sur terre et sur l’eau. Plus de bateaux sur le Bassin, ni bac, ni hors-bord vrombissant, ni scooter de mer pétaradant, ni pinasse d’ostréiculteur, le grand calme ! Je vous le dis, nous les oiseaux, nous ne nous sommes jamais sentis aussi tranquilles, aussi libres… Ce matin, j’ai volé jusqu’à la réserve du Tech et j’ai discuté avec une cigogne qui couvait tranquillement ses œufs. Vous me croirez si vous voulez, mais sur les sentiers, aucun bipède non plus, le calme parfait, alors qu’en temps normal, on est sans cesse dérangé !  Et l’autre jour, vers le banc d’Arguin, j’ai vu un groupe de dauphins qui n’en revenaient pas de pouvoir sauter hors des vagues comme ils voulaient, sans avoir peur de se faire happer par l’hélice d’un bateau… Mais dites-moi, Monsieur le Journaliste, qu’est-ce qui leur est arrivé aux humains ? Ils sont partis ailleurs ou bien ils sont tous morts ?

PC — Ils sont confinés dans leurs maisons ou leurs appartements à cause d’une maladie, mais bientôt, ce sera fini, ils ressortiront. Alors, profitez bien de ce calme, pondez vos œufs, allez où bon vous semble, car lorsqu’ils pourront sortir à nouveau, les gens vont se rattraper et se montrer, peut-être, encore plus fous qu’avant…

LM — Ce serait bien dommage ! Allez, au revoir, Monsieur le Journaliste, et dites bien à vos lecteurs que toutes les mouettes d’Arcachon remercient les humains de ces semaines exceptionnelles sans leur présence envahissante et qu’elles les saluent bien !

 

Marie-Thérèse Laborde