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Théo et la tasse magique.

Et voilà qu’en ouvrant le paquet je découvre une tasse tout noire. Dessus, il y avait trois paires d’yeux dessinées.

J’adore venir en vacances chez ma Granny. Elle habite une petite maison en pierre près d’un petit bois, au bout de la France. Parfois, j’y viens même en avion, tout seul, enfin avec une hôtesse de l’air et je n’ai même pas peur. Mon grand-père m’a construit un lit cabane dans le grenier en se servant des poutres qui soutiennent le toit. C’est mon petit nid douillet où je me cache le soir, pour dévorer les livres d’histoires, surtout celles qui font peur, avec le Lébérou… mais ça c’est une autre histoire !
Ce matin, c’est la bonne odeur des crêpes qui m’a éveillé. J’ai sauté du lit et descendu l’échelle en bois, jusque dans la cuisine. Granny m’attendait avec du chocolat chaud. J’aime bien faire des bisous à Granny, elle sent bon le citron et ses cheveux me chatouillent toujours la joue. Sur la table, à ma place, il y avait un cadeau.
— Ah ah … il y a une surprise pour toi, mon petit poulet !  me dit grand-père, en rentrant du jardin.
— Merci, grand coq !  Ça, c’est un jeu que nous avons inventé tous les deux pour nous chatouiller. Alors, on se met à rire et Granny lève les yeux au ciel.
Et voilà qu’en ouvrant le paquet je découvre une tasse tout noire. Dessus, il y avait trois paires d’yeux dessinées.
—  Ça te plaît ?
— Euh… Oui, merci, c’est gentil. Je suis poli, mais je ne comprends pas bien pourquoi elle m’offre une tasse ; il y en a tellement déjà dans l’armoire. J’aurais préféré un jouet ou je ne sais pas moi, un truc sympa. Comme dit grand-père : « faut pas toujours essayer de comprendre les femmes ».
— Tu vas prendre ton petit déjeuner et nous, on va déjà au jardin. Tu nous rejoindras après. Elle me roule deux crêpes tartinées de confiture de framboise et elle verse le chocolat dans ma nouvelle tasse.  Ils chaussent leurs bottes et s’en vont au potager.
Alors que j’allais prendre ma tasse en main, quelle ne fut pas ma surprise ! Tout le noir avait disparu. À la place, une jolie forêt. La première paire d’yeux était celle d’une biche cachée à demi derrière un arbre. Dans cet arbre, il y avait un hibou. Intrigué, je tournai la tasse pour découvrir à qui appartenait la troisième paire d’yeux.  De l’autre côté, un petit lapin sautillait joyeusement dans de jolies fleurs mauves. Je riais tout seul. Mes grands-parents sont vraiment des farceurs. J’imaginais comment j’allais les surprendre à mon tour, quand tout à coup, j’entendis un drôle de bruit.
— Psitt !
Intrigué, je regardai vers la porte. Personne ! Je me retournai. Rien ! Le bruit recommença. En me penchant, je découvris que c’était la biche qui parlait. Oui, oui celle de la tasse ! Oh ça va ! Je sais que vous ne me croyez pas mais je vous jure : « croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer ! ».
— Dit, petit, tu es grand et fort toi. Pourrais-tu m’aider ?
— Mais je n’ai que sept ans, je ne suis pas encore très grand même si je suis déjà fort pour mon âge.
— Mais tu es plus grand que moi, que nous… Depuis que le dessinateur nous a enfermés dans la tasse, il nous a rapetissés tout riquiqui. Il nous a emmenés sans rien nous demander.  Il n’a pas vu dans les fougères mon petit que j’avais caché. Il est resté, là, tout seul, dans la forêt. Il doit avoir peur dans le noir.
— Et moi, dit le lapin, je suis condamné à sauter et à rester en l’air et je fatigue.
— Voilà notre drame, jeune homme, dit le hibou. Peux-tu nous aider ?
— Mais comment le pourrais-je ? Vous êtes des images !
Alors que je finissais ma tasse de chocolat chaud tout en réfléchissant comment sauver la biche et ses amis, la tasse redevint toute noire, sauf leurs grands yeux qui me fixaient. De la magie ! Puis comme je suis grand, j’ai compris. Ils apparaissaient seulement quand il y avait du liquide chaud dans la tasse.
C’est alors que j’eus l’idée de remplir ma tasse d’eau chaude et j’ai aussitôt mis mes bottes. Je suis parti, la tasse à la main, dans le jardin. Je me suis approché du bois, et là, j’ai posé la tasse par terre. Croyez-le ou pas, les animaux sont sortis de la tasse et se sont mis à courir, à s’envoler vers la forêt. La biche s’est arrêtée, m’a regardé avec ses grands yeux puis elle a repris sa course. Je les avais sauvés, moi, du haut de mes sept ans. J’étais très content pour le petit Bambi qui n’aurait plus peur dans le noir, tout seul. Dans ma main, la tasse était redevenue toute, toute noire. Je suis alors parti vers le potager.
— Alors ce cadeau, il te plaît petit pirate ? » me dit grand père en souriant.
— Oui, elle est mystérieuse cette tasse. Depuis que j’ai bu mon chocolat, les yeux ont disparu.
— Quoi ! fit Granny.  Saperlipopette et bille en bois, il faut que je la rapporte au magasin. C’est des fadaises ces histoires-là alors, il n’y avait pas d’animaux dessus ! Ils m’ont bien eue !
Régine Michaux