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L’île mystérieuse

La principale activité de cette petite terre, entourée de récifs, était la pêche pour les plus jeunes et l’attente chaque jour, pour les anciens, du bateau de 10 heures qui amenait les commandes et le courrier.

L’île mystérieuse
Le minuscule port de Kerhouat, sur l’île du même nom, avec sa dizaine de bateaux de pêche aux couleurs vives, son unique café hôtel ouvert tard le soir et sa cinquantaine d’habitants vivait paisiblement au rythme des marées. La principale activité de cette petite terre, entourée de récifs, était la pêche pour les plus jeunes et l’attente chaque jour, pour les anciens, du bateau de 10 heures qui amenait les commandes et le courrier.
Peu de touristes en cette morte saison. Pourtant ce matin-là, curieusement, sur l’avant du pont se tenait un homme inconnu des îliens, de corpulence imposante, barbu, au regard acier lorsque ses yeux balayèrent la jetée. Un sac de jute sur le dos, il se dirigea sans hésitation dans la ruelle étroite à gauche du café et disparut. Le regard de nos anciens suivit le cheminement du bonhomme et la discussion démarra immédiatement.
Qui ça peut bien être c’gars là ?
Pas l’impression de le connaître.
Il s’est dirigé sans hésitation dans la ruelle.
C’est pas l’fils de la Marie-Jeanne qu’était parti à l’étranger y a bien longtemps ?
Le vent soufflant soudain annonçait la pluie prochaine, nos compères se levèrent du parapet, tenant leur casquette d’une main et se ruèrent vers le café où les questions et interrogations continuèrent tout le jour. L’inconnu du matin n’est pas réapparu de la journée…
Le soir venu, quand la nuit fut bien noire et que les réverbères s’allumèrent, une ombre, remarquée par nos fidèles îliens, passa furtivement devant le café avec ce qui semblait être un moteur impressionnant qu’il porta sans difficulté, et se dirigea vers l’un des bateaux amarrés au bout du quai.
Ce bateau fatigué de n’être pas entretenu avait perdu de sa prestance mais avait belle allure lorsque deux lampes-tempête l’éclairèrent et qu’apparut notre inconnu vêtu d’une combinaison de plongée.  Il quitta le quai dans un bruit assourdissant de moteur et quelques ratés, jurant et vociférant. L’attraction du jour ne faisait pas quitter le café à nos curieux qui scrutèrent la mer d’encre et houleuse.
Vers 23 heures, une lumière lointaine grandissant vers l’île les fit tous sortir sur le quai. Une musique étrange, un rire glaçant venant du bateau les fit se serrer les uns contre les autres, la curiosité plus forte que leur peur les fit avancer vers le ponton où le bateau s’amarrait. L’homme taciturne le matin avait un visage illuminé par ce qui était échoué à ses pieds, et se tordait de rire et de satisfaction.
— Ah braves gens, vous ne me reconnaissez pas, hein ! Depuis ce matin je vous intrigue. Je suis le fils de la Marie-Jeanne, Yves, le « bon à rien » que vous m’appeliez. Voilà 20 ans que je suis parti. Vous vous souvenez maintenant de moi ? Eh bien, vous connaissez le rocher du Pilier, à l’époque j’y allais très souvent, puisque je ne voulais pas être pêcheur comme vous tous, mon père le Jeannot y avait laissé sa vie. C’était mon refuge et avant de m’engager pour l’armée, ma mère m’avait confié une légende venant de sa famille, qu’un trésor échoué lors d’un naufrage au début du siècle était caché sur ce bout de caillou.  J’ai gratté, cherché dans les moindres recoins jour après jour et je l’ai trouvé. Ah ah ah ah ah ! ça vous surprend, hein ? Je vois la peur, l’étonnement, l’incrédulité sur vos visages. Et bien la vie ne m’a pas épargné, j’ai changé et j’ai fait la promesse à ma mère que si je revenais vivant de toutes ces guerres, ce trésor servirait aux îliens pour l’entretien de l’île, de nos maisons à tous. Le bon à rien est devenu un homme à qui son île manque.
Catherine Seguin