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Interview de Guillaume Colombo

Retrouvez la version longue de l'interview de Guillaume Colombo publiée dans le Journal de Montignac-Lascaux de Décembre 2016

Guillaume Colombo

Interview réalisée par Natalia Rodriguez

34 ans

Depuis Mars 2015 – Directeur d’exploitation de Lascaux – Sémitour Périgord.

2009-2015 – Directeur de l’Office de Tourisme et des Congrès de Mulhouse et sa région.

2004-2009 – Chargé de mission auprès du directeur général du domaine national de Chambord

2004 – Maitrise des Métiers des Arts et de la Culture – ARRAS (62)

Vous êtes directeur d’exploitation du Centre International de l’Art Pariétal. En quoi consiste votre mission ?

Le rôle du directeur d’exploitation c’est l’exigence d’une présence quotidienne pour encadrer les équipes et pour gérer toute la partie exploitation du bâtiment, d’un point de vue technique, sécuritaire, administratif, communication commerciale, fonctionnement général.

Nous travaillons dans les métiers de services et de loisirs, et à ce titre il s’agit d’assurer une cohérence d’ensemble de sorte à ce que tout le monde travaille avec les mêmes valeurs pour la satisfaction du visiteur. Je suis une sorte de chef d’orchestre en arrière-boutique et c’est cela qui m’intéresse !

Selon vous, en quoi ce nouvel équipement est structurant pour le territoire ? D’un point de vue de la valorisation du patrimoine et du développement touristique ?

Je suis de nature très optimiste et je suis persuadé que ce projet a une chance inouïe de pouvoir réunir les habitants de Montignac avec l’exploitation touristique de Lascaux. Le Centre International, ce n’est pas Lascaux II, il est à proximité du centre-ville. Un vrai travail a été fait depuis le début pour faire en sorte qu’il y ait une réflexion globale sur le projet.  Ce n’est pas simplement un centre touristique c’est un centre d’art dans lequel nous aurons des événements et des raisons de venir – c’est un espace architectural intégré dans l’environnement paysager qui propose une promenade ouverte à tous, sur le toit du bâtiment. Je crois que le Centre va devenir la promenade du dimanche et j’espère un lieu de vie pour les Montignacois. J’espère que l’on va recréer ce lien avec la grotte de Lascaux qui a été un peu perdu avec Lascaux II. Le Centre va permettre de remodeler la physionomie de Montignac puisque la manière dont les visiteurs vont se déplacer dans la ville sera différente. Il y aura tout un tas d’autres projets qui vont émerger et qui jusqu’à présent était freinés par le fait que la fréquentation de la ville était imposée par l’emplacement de la billetterie en centre-ville.

Nous avons tenu à ce que soit mentionnée sur tous les parkings la distance à pieds jusqu’au centre-ville. Elle est indiquée sur tous nos plans. Je suis persuadé que l’on va avoir une fréquentation requalifiée sur le centre-ville de Montignac avec des personnes qui souhaitent faire un tour pour voir la ville et non plus seulement parce qu’elles n’ont pas le choix. Peut-être qu’effectivement aujourd’hui 100% des gens qui allaient à Lascaux passaient par Montignac et que demain ils seront 60% mais ils seront à mon avis beaucoup plus qualitatifs et intéressés que les 100% d’hier.

Je suis impatient de voir ce que sera Montignac dans 3 ans ou dans 5 ans.

C’est certain vous allez ouvrir le 15 décembre ? Vous attendez beaucoup de monde pour l’ouverture?

Oui, ouverture le 15 Décembre à 9h !

Nous avons commencé les tests du matériel, de la scénographie. On va vérifier que notre fonctionnement est bien adapté à la scénographie. On est de plus en plus sollicité par des groupes qui souhaitent visiter à la fin de l’année, qui cherchent des hébergements et qui sont en train de négocier avec certains établissements, habituellement fermés en hiver pour qu’ils ouvrent exceptionnellement.

Je pense qu’il y a  aussi une prise de conscience de la part des professionnels du tourisme locaux.

Nous connaissons l’engorgement de Montignac pendant l’été avec les 280 000 visiteurs de Lascaux II, comment peut-on imaginer de gérer le double de flux de visiteurs?

Une importante partie du flux était contraint par l’organisation de la circulation et le passage obligé devant la billetterie. Maintenant, la vente en ligne va limiter le nombre de personnes obligées de passer dans Montignac. De plus, la signalétique va orienter les gens vers les parkings qui leur sont réservés. Des panneaux de signalétique pour les piétons complètent ce dispositif comme cela se fait dans les grandes villes Sur le parking P2 un panneau indique 5mn pour accéder à l’entrée du Centre International et 4mn pour le centre-ville. Ils sont en plein cœur de la ville. Le seul flux de circulation qu’il faudra surveiller avec attention c’est le flux en provenance des Eyzies car le visiteur est obligé de passer par le vieux pont de Montignac.

Comment avez-vous procédé pour les recrutements ?

Nous avons rédigé des fiches de postes soumises en interne comme ceci est la règle dans toutes les entreprises. Et quand il n’y avait pas de profils adéquats en interne, nous avons procédé à des recrutements externes et vu le nombre de candidatures de valeur que nous avons reçues, nous avons choisi de travailler avec un cabinet de recrutement. Rien que pour les médiateurs polyvalents, ceux qui feront toute la partie guidage, animations et accompagnement des visiteurs et qui représentent 30 postes, nous avons reçu plus de 800 candidatures de toute la France et de l’étranger. Nous avons fait des entretiens téléphoniques, collectifs, individuels. Nous avons des locaux, originaires d’ici avec une grande expérience qui ont travaillé sur différents sites du Département ou sur la vallée de la Vézère et de la Dordogne. Mais aussi des gens passionnés par le tourisme, qui viennent de toute la France et de l’étranger, qui parlent plusieurs langues et avaient envie de s’installer dans le Périgord pour accompagner le projet.

Nous disposerons de 60 personnes à l’ouverture. Nous avons examiné avec beaucoup d’attention les candidatures locales mais on ne s’est pas interdit d’aller chercher des compétences auprès de personnes qui ont postulé et qui ont travaillé dans les Châteaux de la Loire, avec des Tours Opérateurs depuis 15 ans ou qui parlent 5 langues.

Nous avons signé des contrats à durée indéterminée, après les 5 semaines de formation. 

Il y a deux types de métiers :

– les conseillers de vente polyvalents qui renseigneront les visiteurs sur l’offre de visite, sur la manière de visiter, sur l’offre autour de nous, la vente des billets et la boutique. Ce sont les premières et les dernières personnes que les gens vont voir.

– Ensuite quand on rentre dans le circuit de visite, les gens vont être pris en charge par des médiateurs polyvalents : guides, cinéma 3D, animation, renseignements … ils ont été formés 210 heures pendant lesquelles ils ont rencontré les architectes scénographes, responsables du tourisme local, régional, le Pôle International de la Préhistoire. Ils ont été formés sur la préhistoire, l’accueil des personnes en situation de handicap, la gestion du conflit, les conduites de visite, la sécurité, les protocoles d’évacuation du bâtiments, les gestes de premiers secours…. L’objectif consiste à donner à ces médiateurs et conseillers de vente tous les éléments pour qu’ils puissent porter les valeurs du projet et non pas se cantonner dans une mission restreinte.

Mon ambition c’est d’être à la tête d’une équipe qui comprend l’objectif et l’enjeu global du projet et qui y contribue à sa manière.

Les recrutements sont quasiment terminés et comptent 30 médiateurs et 15 conseillers de vente.

Comment va s’effectuer la visite du Centre ?

La visite se fera en deux temps. Elle commence par un accompagnement d’une durée d’environ une heure avec un guide qui accueille les visiteurs et qui les aide à s’approprier le compagnon de visite en 10 langues qui abordera un certain nombre d’aspects : l’homme de Cro-Magnon, la Faune et la Flore, l’environnement de la Vallée de la Vézère.

La visite dans la grotte se passe également avec le guide.

Tout le reste de la visite est libre. Nous conseillons une visite entre deux heures et demie et trois heures. Il reste 8 salles en sortant de la grotte : l’atelier de Lascaux, une salle avec des fragments de parois mis en scène, le théâtre de l’art pariétal, la galerie de l’imaginaire, le cinéma 3D, l’exposition temporaire qui complète la visite en visite libre.

En quoi consiste la salle d’exposition temporaire ?

L’objectif est d’accueillir des artistes internationaux en résidence pour leur permettre de s’imprégner de la grotte de  Lascaux et de créer, suite à cette émotion, une œuvre originale. Un comité artistique a été constitué. Pour l’ouverture du Centre c’était trop complexe à mettre en œuvre immédiatement, donc c’est un artiste français décédé en 1986, Gérard Gasiorowski qui a visité Lascaux a plusieurs reprises et dont les œuvres n’ont pas été beaucoup montrées qui sera exposé dans la salle d’exposition temporaire. L’œuvre principale s’appelle « Hommage à Manet » : c’est une énorme frise de 25m de long qui debute avec un bison de Lascaux et se poursuit jusqu’à l’œuvre de Manet.

Les expositions temporaires vont durer entre 6 mois et un an. Elles ouvrent le discours à la fin de la visite, mais le bâtiment n’a pas été prévu pour que l’on visite uniquement l’exposition temporaire.

Vous avez été responsable du développement commercial puis chargé de mission auprès du directeur général du domaine national de Chambord, un site très réputé. Puis directeur de l’Office de Tourisme et des Congrès de Mulhouse, alors que vous étiez très jeune.

Etes-vous un garçon ambitieux ?

J’ai eu la chance d’être souvent au bon endroit au bon moment, même si j’ai travaillé dur pour en arriver là. J’assume être perfectionniste, fonceur, entier. Je suis passionné par la question touristique et culturelle, par l’impact sociologique du tourisme et le développement social qui en résulte. J’ai eu la chance de me voir confier des projets assez passionnants. Je mets mon ambition au service d’un projet collectif en y retirant quelque chose d’individuel. 

Quelle différence y a-t-il entre Chambord et Lascaux ?

On n’est pas sur les mêmes thématiques mais il y a énormément de choses comparables. Chambord comme Lascaux sont deux grands noms du patrimoine français, connus à l’international. Ce sont des mythes. Dans les deux cas ce sont des sites majeurs implantés dans des territoires ruraux, qui doivent fédérer autour d’eux toute l’économie d’un territoire. Chambord et Lascaux sont des locomotives et doivent jouer le rôle de drainer derrière eux l’activité touristique d’une destination avec la difficulté de

différencier ce qui est du ressort du site en tant que tel et ce qui est du ressort des acteurs qui gravitent autour. L’intérêt de ma mission est de pouvoir animer cela.

Avec l’ouverture du Centre, on change de dimension.

On fait entrer Lascaux, Montignac et la Dordogne dans une dimension qui est clairement positionnée sur un équipement culturel et touristique d’ampleur internationale avec les dernières technologies, les dernières méthodes de travail. Nous sommes soumis également à une grande pression afin que les méthodes de travail en interne, les équipes et notre fonctionnement sur le territoire soient à la hauteur de l’équipement. C’est un sublime challenge !

Votre territoire de prédilection est plutôt le Nord de la France, comment avez-vous appréhendé votre installation dans le Sud-Ouest, dans une petite ville rurale comme Montignac il y a environ 1 an et demi ?

Je suis né à Paris et j’ai grandi en milieu rural dans le Limousin. C’est un peu le hasard qui m’a amené en Allemagne. J’ai fait une partie de mes études à Strasbourg. J’ai fait mes études dans le Pas de Calais, à Arras : c’était plus pour la recherche de la spécialité de la formation que pour le lieu. Mes parents vivent dans le Limousin où j’ai vécu jusqu’à l’âge de 15 ans. J’aime bien comprendre les spécificités locales des endroits où je suis, la relation au tourisme et à la culture, cela fait partie de mon métier.

Que deviendra Lascaux II après l’ouverture du Centre ?

La demande de l’État et de l’ensemble des partenaires depuis l’origine concernant le Centre est de limiter le flux de visiteurs sur la colline de Lascaux. L’objectif est de sanctuariser la colline pour retrouver un niveau de fréquentation comparable aux autres collines de la vallée de la Vézère. Il n’y aura plus de parking à Lascaux II. Les forces de Lascaux II résident dans son côté intime, sa proximité avec la grotte d’origine, son exclusivité puisque c’est quand même le premier fac-similé au monde. Nous allons renforcer ces aspects en proposant des visites thématiques, approfondies et sur-mesure, chose que nous n’avons pas pu faire jusqu’à présent. La problématique de Lascaux a toujours été une problématique de gestion des flux. Aujourd’hui ce flux sera géré au Centre international et donc nous pourrons proposer à Lascaux II des visites en plus petits nombres avec un conférencier.

Les gens iront comment ?

A terme, il devrait y avoir des navettes depuis le Centre International. Ils pourront aussi y aller à pieds pour visiter le chemin des inventeurs mais il faudra respecter des conseils stricts, ne pas pique-niquer, ne pas faire de feu … l’objectif est de faire de la colline de Lascaux un espace préservé.

On le sait maintenant, le tour de France passera à proximité du Centre mais pas forcément avenue de Lascaux.

Comment appréhendez-vous cela ?

C’est une superbe nouvelle dont on se réjouit.

C’est une chance inouïe. C’est le premier événement mondial en termes de communication. C’est l’occasion de diffuser l’image de notre destination dans les médias pendant des mois et des mois puisque plusieurs mois avant et plusieurs mois après nous aurons des sollicitations de toutes les équipes de tournages et des médias du monde entier qui vont venir tourner des images, soit en préparation pour avoir des choses à montrer sur la région le jour du passage, soit après pour revenir sur un impact fort qui a été fait au moment du tour de France. Pour nous, c’est la garantie d’avoir Lascaux, Montignac et la Dordogne sous les projecteurs. Le 11 juillet sera une journée assez exceptionnelle.

Vous êtes très actif sur les réseaux sociaux et nous savons que la communication aujourd’hui passe par la maitrise de ces nouveaux outils. Comment les avez-vous intégrés ?

Il y a une forte dimension digitale et numérique dans le projet. Ce qui est intéressant c’est que cela véhicule des valeurs collaboratives, de co-création de contenu, cela remet tout le monde au même niveau. Ce n’est pas nous qui diffusons le savoir, ce sont les visiteurs, les habitants : tout le monde a le pouvoir sur l’information. Aujourd’hui si vous allez sur le site de lascaux.fr la première chose que vous voyez sur la page d’accueil c’est ce que l’on appelle un « tag bord » c’est la remontée des contenus sociaux de tout le monde en lien avec Lascaux. Nous sommes aujourd’hui un rare site culturel dans le monde à mettre en avant sur notre site internet les contenus publiés par d’autres. Mon ambition sur la question du numérique c’est de donner les moyens aux visiteurs d’être capables de parler de Lascaux avec les valeurs que nous avons mis sur le projet. Si on y arrive, on aura réussi l’ambition digitale du projet. Nous avons créé une communauté «Lascaux et vous», notre blog est multi-contributeurs. Pour moi cette ambition est dans la continuité génétique de Lascaux, c’est à dire un bien commun, quelque chose en partage avec l’humanité et quoi de plus en partage avec l’humanité qu’un post sur facebook et sur twitter qui peut être partagé par quelques millions de personnes en quelques secondes. Positionner Lascaux dans cet environnement est ce qui se fait de mieux aujourd’hui en matière touristique. C’est central dans le projet.

Votre rêve pour Lascaux ?

Je suis quelqu’un qui a besoin de comprendre la manière dont on agit, les comportements individuels et collectifs.

Mon rêve pour Lascaux est un rêve de réussite. Que l’on puisse accueillir des centaines de milliers de personnes par an, qui viennent ici en connaissance de cause pour se connecter avec l’histoire. Qui

recherchent ici un message d’ouverture et de tolérance basé sur des racines communes avec l’envie de venir partager un moment avec le territoire. Si Lascaux pouvait être le médiateur de cela, alors nous aurions réussi. Il y a un travail collectif. Chacun à un rôle à jouer, les habitants, les commerçants, les professionnels du tourisme, les élus.

On ne pourra réussir qu’ensemble, en ayant chacun contribué à un petit bout de l’engrenage comme le colibri qui apporte sa contribution à un projet énorme.

Mon rêve est de fédérer des énergies constructives au service du collectif.