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Derniers jours pour Les Divas du désert. Exposition d’Art Aborigène.

du vendredi 25 novembre
au samedi 07 janvier
de 14h00 à 18h00
Lieu de l'événement :
Prieuré
Place Léo Magne
24290 Montignac

5 janvier 2017

Une journée avec Laurette Carpentier, conteuse et les enfants de l’école maternelle et élémentaire de Montignac

 

Contes australiens devant les enfants des écoles dans l’exposition d’art aborigène : Les Divas du Désert. Photo Jean-Luc Kokel

Alors que le Centre International de l’Art Pariétal ouvre ses portes, nous avons choisi de vous faire découvrir ici une exposition d’art aborigène contemporain dont une grande partie des œuvres a préalablement été présentée en 2016 par les Treize Arches, au théâtre de Brive.

Cette exposition itinérante s’inscrit dans le cadre du partenariat culturel entre Montignac et l’EPCC des Treize Arches de Brive. Elle a été initiée par deux collectionneurs passionnés, Pierre Reytier (conseiller patrimonial à Brive) et Marc Yvonnou (expert en art aborigène).

 

Le terme « art aborigène » désigne aussi bien l’art des Aborigènes d’Australie avant la colonisation que celui d’artistes contemporains qui restent très influencés par leur culture traditionnelle. Les artistes issus de ce mouvement puisent souvent leur inspiration des rêves, signes et symboles liés à leur histoire collective ou personnelle … mais ce qui prédomine toujours c’est la relation au territoire, vécu ou imaginaire.

Pourquoi l’art aborigène à Montignac?

Parce qu’il incarne une forme d’art premier, un art des origines où la place de l’homme dans l’univers constitue, comme pour les peintures pariétales, l’axe convergeant des représentations : entre l’art des origines et l’origine de l’art.

Mais aussi parce que l’art aborigène plonge ses racines dans une tradition très ancienne tout en se renouvelant sans cesse pour constituer aujourd’hui une forme d’art contemporain assumée qui revendique cependant toutes sortes d’influences.

L’art aborigène arrive aujourd’hui à un tournant. Les anciens, les créateurs, des initiés aux connaissances immenses, sans contact avec la civilisation occidentale durant leur jeunesse, nous quittent peu à peu.

Il s’agit ici de mettre en lumière quelques-unes des figures historiques de ce mouvement.

Les divas désignées par le titre de cette exposition sont des femmes. Des peintres, héroïnes sur leur terre et porte-paroles du souffle de l’esprit. L’esprit des grands déserts.

 

Ningura Napurrula

Le futur Musée du Confluences a acheté à Ningura Napurrula une belle pièce alors que le Musée du Quai Branly l’avait déjà sélectionnée pour son projet architectural. Aucune hésitation dans sa peinture, le premier jet, dont les motifs évoquent le pays de sa mère et dont elle est la gardienne spirituelle aujourd’hui, est réalisé comme une calligraphie, sur laquelle elle va revenir avec la technique pointilliste chère aux artistes aborigènes. Parfois à la brosse avec des effets de matières ou aux bâtonnets.

Barbara Moore

Cette artiste, née en 1964 commence à peindre en 2003, durant son temps libre. Sa production n’est guère abondante. Mais au fur et à mesure des années son style s’affirme. Il devient de plus en plus audacieux et personnel. Comme d’autres artistes de cette région la couleur prédomine dans son œuvre, bien que parfois, rarement, elle puisse expérimenter des toiles très austères. Mais plus que sa palette c’est son style calligraphique qui étonne. Le point est absent et les coups de brosse font penser à un expressionnisme. L’audace, l’innovation, sont pourtant mises au service de la tradition, Barbara insistant sur l’inspiration qui reste « ses » terres et liens qui l’unissent à ces territoires. Le patrimoine traditionnel, passant de génération en génération, depuis des centaines d’années, voire des milliers, s’exprime de plus en plus de façon libre, partout dans le désert. Ceci est une bonne chose pour inscrire l’art aborigène sur la scène contemporaine internationale. Les toiles peuvent paraître plus sobres, néanmoins le sens, les interprétations, restent le plus souvent complexes et sont aussi le signe de vraies personnalités, capables de prendre du recul sur leur art et sur les croyances qui sont à l’origine de l’art aborigène.

Une fois ce style mis en place, le succès vient vite…et la reconnaissance publique. En 2012, elle remporte le prix de la meilleure peinture lors du 29e Testra Award (NATSIAA), prix prestigieux réservé aux artistes aborigènes. Les acquisitions par les institutions publiques suivent alors ainsi que les expositions.

C’est dans cette région du sud du désert central qu’apparaissent les nouveaux artistes qui comptent.

Maringka Baker

Le Nord de l’Australie Méridionale est touché par le mouvement pictural seulement au tout début des années 2000. C’est à cette période que débute donc la carrière de Maringka Baker (née vers 1952). Maringka possède un profond attachement à son pays et à ses connections spirituelles. Elle transmet ses connaissances à travers ses toiles. Elle se lance dans la peinture en 2004. Elle s’inspire de son Rêve de Dingo et raconte la création de collines par les Ancêtres Dingos. Parfois aussi elle décrit son Rêve des 7 sœurs (Kungkarrakalpa en Pitjantjatjara). L’autre thème de prédilection de cette artiste relate l’histoire de deux Sœurs (Minyma Kutjara Tjukurrpa) qui retournent chez elles. L’une d’entre elle va fabriquer des bâtons à fouir. La terre qui a vu ces événements est Wingelina. C’est surtout la façon très particulière de détailler le désert, de montrer les plantes en pleine floraison à l’aide de couleurs vives, qui ont fait son succès. Les toiles sont parfois dominées par les verts, souvent crus, qui tranchent avec la production des autres artistes aborigènes ; mais Maringka aime tout autant le rouge. Chez elle, rarement de lignes tracées à la brosses, mais juste des points, déposés en ligne qui forment des diagrammes, qui découpent la toile en grandes ou petites surfaces géométriques, des carrés ou des rectangles. Seuls quelques motifs, des petits cercles concentriques et les formes en fer à cheval (qui symbolisent les femmes ou les hommes autant que les Ancêtres) se dégagent. Les lignes sont rarement très droites et leurs mouvements légers renforcent encore l’effet pulsatile de ses compositions.

Kathleen Petyarre

Elle est l’artiste vivante la plus célèbre.

Ce grand X symbolise le voyage de 4 Rêves qui convergent vert le centre de la toile, parfois souligné par un carré qui marque le terrain cérémoniel, à la fois là où est encore présent la puissance, l’énergie des Ancêtres et là où va se dérouler les cérémonies. D’un coin au centre, un espace délimité par une couleur et un travail particuliers. Il représente à la fois une rigole asséchée qui viendra se gonfler d’eau après les pluies mais aussi une zone associée à la vie liturgique.

Si Kathleen a mis fin à sa carrière il y a déjà plus d’un an, voilà quelques années que le flambeau a été repris par sa sœur Gloria et sa petite fille, Abie Loy Kemarre. Très douée techniquement, elle peut se saisir d’une série vue chez d’autres artistes de son entourage et la réinterpréter jusqu’à ce que l’influence ne soit plus nettement visible.

Gloria de son côté a tout expérimenté, de séries monochromes à des œuvres colorées, des éléments très traditionnels à des choses plus contemporaines. Le tout avec un succès considérable.

Ses œuvres ayant rencontré le plus vif succès représentent un tapis de feuilles. Si, au départ, les petites touches sont souvent rigides, très vite Gloria met l’accent sur des mouvements, souples, amples, du plus bel effet. Dans cette série, Gloria célèbre l’esprit de cette plante dans l’espoir qu’elle poussera en abondance car ses feuilles sont comestibles et surtout servent à soigner. Ces connaissances sont transmises par les initiées. L’aspect novateur des œuvres de Gloria ne doit pas faire oublier qu’elle joue à cette époque un rôle spirituel majeur dans tout l’est du désert. Elle a su constamment renouveler les représentations visuelles traditionnelles, devenant du même coup l’une des artistes actuellement les plus connues du grand public. Ses connaissances tribales sont immenses et son savoir autant que son charisme transparaissent à travers ses peintures.

Judy Watson Napangardi

Elle montre sans conteste une vigueur exceptionnelle pour une femme aborigène de son âge et de son gabarit – elle est semble si petite et menue -…mais le feu intérieur couve et s’exprime lorsque Judy se saisit d’une brosse. Face à ses toiles on est amené à ressentir la présence des Ancêtres, cette empreinte énergétique qu’Ils ont disséminé un peu partout sur les sites sacrés de ce désert. Judy, habituée aux gros prix en vente aux enchères, est restée très engagée dans le mouvement artistique et d’une grande simplicité.

Linda Syddick Napaltjarri

L’une des figures clés, sans conteste l’une des plus originales et des plus autonomes de ce mouvement. Elle a en effet introduit des nouveautés surprenantes, comme le personnage d’E.T., et des sujets inédits : profanes, comme le premier signe de la civilisation occidentale qu’elle a aperçu, une éolienne, ou des motifs masculins, sans oublier des motifs chrétiens.

D’une extrême originalité, son art est le fruit d’une réflexion mais aussi de son histoire personnelle marquée par un événement brutal, le décès de son père, tué d’un coup de lance lors d’une expédition punitive. Ses œuvres forment un pont entre les peintures aborigènes les plus classiques et l’art occidental. Les motifs figuratifs, le plus souvent des personnages qui évoquent les membres de sa famille donc ou des Ancêtres (parfois les deux avec plusieurs niveaux de lecture), sont peints de façon assez naïve mais il s’en dégage une certaine puissance et une grande poésie. Surtout il ne faudrait pas que le côté très brut de ses toiles cache la pensée très complexe qui s’y trouve cachée. À partir du milieu des années 2000, une série devient une source importante de son inspiration. Une toile aussi riche au niveau pictural que son histoire, inspirée des premiers contacts de Linda avec la civilisation occidentale. Elle représente une éolienne servant à alimenter une réserve d’eau, l’un des symboles du désert australien. Mais un guérisseur qui accompagnait Linda alors voyait là l’image d’un démon qu’il a tentait en vain de détruire avec l’aide d’objets magiques. Linda a reçu un grand prix artistique pour une toile sur le même thème en 2006. Il s’agit d’un bel exemple de la façon dont les artistes aborigènes parviennent à incorporer des nouveaux éléments et événements dans leurs peintures.

Sa capacité à se renouveler et à innover est saisissante. Au moment où nous écrivons ses lignes, Linda est très âgée. Elle est encore capable de produire des œuvres de très grande qualité mais cela nécessite une grande concentration, beaucoup de temps et d’énergie. Depuis quelques années, elle peint parfois sans fond pointilliste et depuis quelques mois sans point du tout. Si de très nombreuses institutions publiques ont acquis des toiles de Linda, aussi bien en Europe qu’en Australie, elle semble, pour le moment, sous-estimée sur le second marché, à notre grand regret. C’est le moment d’acquérir ses œuvres.

 

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